Agents d’IA : l’Autorité de la concurrence alerte sur les risques de concentration et de verrouillage du marché
Publié le :
07/08/2026
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Dans un avis publié le 17 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence analyse le fonctionnement concurrentiel du secteur de l’IA agentique et alerte sur les risques de concentration, de verrouillage et de dépendance susceptibles d’accompagner son développement.
Cet avis s'inscrit dans la continuité de la réflexion engagée par l'Autorité sur l'ensemble de la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle. Après s'être penchée sur l'informatique en nuage (avis n° 23-A-08), puis sur l'IA générative (avis n° 24-A-05), et après avoir étudié son impact énergétique et environnemental (décembre 2025 - voir notre brève ), l'Autorité examine désormais l'aval de cette chaîne : le déploiement et la commercialisation des agents d'IA auprès des utilisateurs finaux.
Initialement conçus comme de simples assistants conversationnels, ces outils sont désormais capables de raisonner, de planifier et d'exécuter plusieurs tâches de manière relativement autonome. Malgré la présence de nombreux éditeurs, le secteur apparaît déjà fortement concentré avec 4 opérateurs (OpenAI, Google et Anthropic) réunissant à eux seuls plus de 84 % du secteur.
Des barrières à l'expansion plus fortes qu'à l'entrée. Si les barrières à l’entrée sont moins élevées que pour l’entraînement des modèles génératifs, l’avis souligne que les barrières à l’expansion sont, elles, particulièrement importantes : l’accès aux utilisateurs, aux données de qualité et aux capacités d’inférence constitue en effet un avantage déterminant pour les grandes entreprises du numérique. L’intégration des agents d’IA dans des systèmes d’exploitation, des navigateurs, des moteurs de recherche ou des suites de productivité leur permet notamment de toucher immédiatement un nombre considérable d’utilisateurs.
Les agents comme nouveaux intermédiaires. L’Autorité met en garde contre la « plateformisation » des agents d’IA, appelés à devenir des intermédiaires incontournables entre utilisateurs et services numériques. Des pratiques d’auto-préférence, de discrimination, de vente liée ou de verrouillage technique pourraient limiter la diversité de l’offre et accroître la dépendance à l’égard de quelques agents dominants, des préoccupations particulièrement fortes dans le commerce agentique. Même si ce type de service n'est pas encore disponible en France, l'Autorité anticipe un développement rapide : le trafic redirigé vers les sites marchands depuis les agents d'IA, aujourd'hui inférieur à 5 %, pourrait atteindre 20 à 25 % d'ici 2030 — au risque d'opacifier les critères de recommandation et de priver commerçants et consommateurs d'un accès direct aux données et à un choix éclairé.
L'automatisation elle-même, soulève des enjeux de gouvernance des standards techniques — susceptibles de fermer le marché aux concurrents s'ils restent contrôlés par un nombre restreint d'acteurs —, de conservation des données personnelles rendant la migration coûteuse, avec un risque de collusion algorithmique : des agents négociant les prix pour le compte des utilisateurs pourraient faciliter des comportements coordonnés entre vendeurs sans accord explicite entre humains.
Une approche par le droit souple. Face à ces risques, l’Autorité préconise à ce stade, plutôt que l’adoption immédiate d’une nouvelle réglementation, l’application pleine et effective du cadre existant (droit de la concurrence, DMA, règlement IA, droit de la consommation) tout en recommandant aux acteurs du secteur de favoriser l'interopérabilité et la portabilité des données, garantir des standards ouverts, transparents et collaboratifs, permettre aux utilisateurs de changer facilement d'agent et garantir aux éditeurs concurrents un accès équitable aux principaux services numériques.
Le paradoxe reste toutefois entier. L'approche « droit souple » retenue par l'Autorité tranche avec l'urgence qu'elle décrit. L'expérience montre que les acteurs du numérique ne modifient durablement leur comportement que sous la contrainte d'un cadre exécutoire. Pour Google, le dossier des droits voisins l'illustre: injonctions (déc. 20-MC-01, 2020), sanction de 500 M€ pour non-respect (déc. 21-D-17, 2021), engagements (déc. 22-D-13, 2022), puis nouvelle sanction de 250 M€ pour non-respect de ces engagements (déc. 24-D-03, 2024). Le schéma se répète pour Meta : sanctionné à 200 M€ au titre du DMA pour son dispositif « pay or consent » (avril 2025), puis contraint par des mesures provisoires de la Commission à rouvrir WhatsApp aux IA concurrentes après une première tentative de contournement (9 juin 2026), et aujourd'hui sous mesures conservatoires de l'Autorité sur les droits voisins (déc. 26-MC-01 et 26-MC-02, 8 juillet 2026). Voir notre brève sur le volet Meta : « Meta face aux autorités de concurrence européenne et française : deux séries de mesures provisoires en un mois ».
La vigilance annoncée sur les prises de participation et partenariats entre grands acteurs du numérique et éditeurs concurrents (recommandation n° 2) reste elle aussi de l'ordre de la surveillance, sans mécanisme de contrôle renforcé proposé, dans un contexte où les seuils de notification des concentrations ont été relevés et où le traitement des concentrations non contrôlables est toujours en débat en France.
Enfin, alors que le DMA, cité comme l'un des piliers du cadre déjà applicable, ne qualifie à ce jour aucun agent d'IA de service de plateforme essentiel, l'Autorité se limite à recommander à la Commission d'« envisager » une telle désignation, dans le cadre d'une enquête de marché encore ouverte (recommandation n°3).
==) Entre un marché concentré à plus de 84 % et un arsenal juridique dont l'activation reste hypothétique, le pari du droit souple suppose que la Commission — et, en France, l'Autorité elle-même — se donnent les moyens d'agir aussi vite que le secteur évolue.
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